CAPITALISME
Le capitalisme est l’économie qui domine la planète. Il s’agit de produire pour accumuler des profits qui servent à produire plus pour …accumuler plus de profit. Ce système cohabite avec d’autres types d’économie : économie publique des États, économie domestique des foyers, économie sociale et solidaire des citoyens organisés collectivement. Il n’a pas toujours existé. Il naît, selon l’historien Fernand Braudel, à la fin du moyen âge et domine l’Europe à la fin du dix-neuvième siècle. Ce système se réfère à la concurrence libre et non faussée de l’économie marché (régime de justification), mais en réalité engendre des oligopoles (trois ou grandes entreprises se partagent le marché, comme dans la téléphonie ou l’informatique). Ce système, qui existe aujourd’hui dans les pays autoritaires comme la Chine, est une menace pour la démocratie car il engendre des multinationales plus puissantes que certains États démocratiques. Surtout, il génère des inégalités si fortes que l’horizon d’égalité nécessaire à la démocratie s’estompe peu à peu.
ÉCONOMIE
Dans le cadre du délibéralisme, l’économie fait partie d’un ensemble plus grand, l’économique (la valorisation des ressources). Elle est constituée par l’ensemble des échanges monétaires. Dans une société capitaliste, ces échanges sont orientés vers le profit, et les questions économiques essentielles : que produire? comment? à quel prix? ne sont pas débattues démocratiquement. Dans une société post capitaliste, il conviendrait que l’économie devienne une oeconomia, une sphère monétaire écologique où les questions essentielles sont délibérées dans la perspective de préserver et valoriser notre milieu de vie
ECONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE
L’économie sociale et solidaire (ESS) peut être définie comme un militantisme politique visant à démocratiser l’économie. Il s’agit de favoriser le lien (social) et non le bien (économique). L’économie sociale et solidaire existe partout dans le monde, sous des formes différentes, mais elle défend partout des valeurs communes : libre participation, égalité (une personne une voix), gestion démocratique. En France, l’ESS regroupe des coopératives, des mutuelles, des associations et certaines entreprises sociales. L’ESS montre qu’il existe d’autres principes économiques : la coopération plutôt que la compétition, le partage plutôt que la propriété exclusive, la démocratie interne plutôt que le management, etc..
DÉMOCRATIE
La démocratie est le gouvernement du peuple par le peuple. Sa forme la plus courante, dans les Etats modernes, est la démocratie représentative : des représentants sont élus sur un programme politique qu’ils sont censés mettre en œuvre. Mais la démocratie peut être aussi directe (les citoyens votent directement les lois) comme ce fut le cas à Athènes. L’essentiel dans la démocratie est l’autonomie (auto = soi-même, nomos = la norme) : ce ne sont pas les Dieux, l’Histoire ou les lois du marché qui font les lois, mais les citoyens qui décident eux mêmes des normes du vivre ensemble.
DÉLIBÉRATION
Il s’agit de débattre démocratiquement pour prendre une décision. La délibération est, pour le philosophe Habermas, un processus démocratique qui passe par des échanges rationnels pour aboutir à un consensus. Dans le cadre du délibéralisme, la délibération est vue comme une communication sensible permettant de construire des désaccords. Sur le plan économique, il s’agit de s’appuyer sur l’exemple de l’économie sociale et solidaire pour dire que la meilleure façon de parvenir au bien être de tous n’est pas le marché, mais la délibération dans l’espace public.
Espace public
L’espace public est le cœur de la démocratie. . C’est un espace de médiation entre la société civile et l’État qui favorise, par le débat contradictoire, l’émergence d’une opinion publique. En théorie démocratique, cet espace intermédiaire entre l’État et l’espace privé est celui où l’information est rendue publique. Ce processus de publicisation de l’information permet à chacun de se former une opinion rationnelle qui, confrontée aux autres opinions rationnelles, favorise peu à peu la formation d’une opinion commune, permettant aux gouvernants de prendre des décisions légitimes car résultant de l’intelligence citoyenne. En pratique, il existe plusieurs espaces publics au sein duquel se déploie une communication parfois rationnelle mais souvent émotionnelle : les espaces publics institutionnels (assemblée national, conseil municipal), les espaces publics médiatiques (traditionnels ou en ligne), les espaces publics autonomes (association, zones à défendre, etc.).
Monnaie
Pour l’économie orthodoxe, la monnaie est neutre. C’est un simple intermédiaire à l’échange, on ne la souhaite pas pour elle même. Cette vision, contestée par Marx et Keynes notamment, ne correspond pas à la réalité. En effet, dans une économie capitaliste, la monnaie n’est pas un simple lubrifiant à l’échange mais, plus fondamentalement, un préalable à toute activité (achat de matériel productif, versement des salaires…). Cette avance monétaire ne peut se faire sans l’entremise du système bancaire qui, seul, est en mesure de faire naître des unités monétaires dans l’acte d’octroi du crédit. Or les décisions de financement des banques sont assujetties à une logique de rentabilisation du capital qui les conduit à ne retenir que les activités les plus profitables. Cette logique, réduit la production à la création de marchandises, sans prise en considération de l’utilité sociale et de l’impact écologique de cette dernière.
MONNAIE DELIBEREE
La monnaie n’est pas neutre, pour changer nos manières de produire et de consommer il faut passer d’une monnaie lucrative gérée par les banques privées à une monnaie démocratique. Comment démocratiser la monnaie ? Nous suggérons deux pistes qui sont liées au fait que la monnaie est un facteur de cohérence et de solidarité d’une communauté et simultanément un facteur qui détruit le lien social. C’est pourquoi toute réflexion sur la démocratisation de la monnaie doit mener une réflexion sur deux fronts : faciliter l’accès à la monnaie, limiter la sphère monétaire. Dans les deux cas un même principe régulateur est à l’œuvre : la délibération. Délibérer pour gérer la monnaie comme dans un système d’échange local, ou une monnaie locale, délibérer pour décider de ce qui doit ou ne doit pas relever de la sphère monétaire.
VALEUR
On oppose souvent la valeur économique d’un bien, et les valeurs sociales qui donnent un sens à la vie. Il est possible de réconcilier ces deux approches, si on définit, à la suite de Dewey, les valeurs comme « ceux à quoi nous tenons » collectivement. Dans cette vision,
les valeurs sont des constructions sociales intersubjectives. Elles sont le fruit d’une délibération dans l’espace public. Pour rester subordonnée aux valeurs démocratiques la valeur économique ne doit pas échapper à ce processus délibératif. Plus précisément, il convient de mener un double débat. Une délibération sur les valeurs globales (ce à quoi la société tient) et une délibération sur la manière dont l’économie doit incarner ces valeurs. Pour que le débat démocratique régule l’activité économique, il convient donc de débattre de la valeur économique. Mais ce débat, pour avoir des effets concrets sur l’activité économique, doit orienter l’usage de la monnaie. Pour ce faire, nous proposons une approche délibérative de la monnaie. Il ne s’agit plus de laisser la monnaie aux seules forces du marché et/ou des institutions publiques mais de la démocratiser en l’assujettissant aux décisions citoyennes et en donnant la possibilité aux citoyens de développer des communs monétaires. Ce contrôle citoyen de la monnaie doit aussi s’accompagner d’une limitation de l’extension de la sphère monétaire. La valeur n’est pas la richesse. En effet, ce à quoi nous tenons ne doit pas prendre inévitablement une forme économique et donner lieu à une monétisation.